Violences en milieu scolaire et estudiantin:Parents, enseignants et autorités, tous se rejettent la faute !


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Par Sopy Judith AKA
Mis à jour le 2021-06-25 21:24:41

Elogne Yves Clément est fonctionnaire et parent de trois élèves. L´évocation de la décadence du système scolaire et estudiantin Ivoirien, pour lui, révèle les dysfonctionnements dans le milieu et les facteurs annonciateurs de ce déclin.


Assis dans son bureau climatisé derrière une pile de dossier dans une des tours du Plateau, centre des affaires de la capitale Abidjanaise, Elogne livre ses sentiments : « La décadence du système scolaire et estudiantin est causée par des politiques de gestion inadaptées avec des reformes qui ont montré leurs limites. Les conséquences sont les mauvais résultats qui nous sont servis. Il y a trop d’allègements dans les programmes ce qui fait que de l’enseignant à l’élève, il y a beaucoup de lacunes à combler. Avec la suppression de la dictée au primaire, le niveau de langue de nos élèves devient très nul. »  Le tableau de notre système scolaire peint aussi sombrement rappelle que le 21 décembre 2020 à Dakar au Sénégal, le Programme d’Analyse des Systèmes Educatifs de la COFEMEN (PASEC) a présenté son tout dernier rapport sur les performances de 14 pays de l’Afrique Subsaharienne francophone dont la Côte d’Ivoire.  Le rapport de fin janvier 2021 révèle la mauvaise performance de notre pays.

Le Programme d’Analyse des Systèmes éducatifs de la COFEMEN (PASEC) est un outil qui vise à informer sur l’évolution des systèmes éducatifs afin d’aider à l’élaboration et au suivi des politiques éducatives. Le résumé exécutif du PASEC 2019 après 5 années de travaux met en évidence d’une façon générale les compétences des élèves en début et en fin de scolarité dans les domaines de la lecture et des mathématiques d’une part et d’autre, les compétences des enseignants. Il en ressort donc qu’en début de scolarité, il existe des défis persistants en langue et des acquis à consolider en mathématique. Ainsi la Côte d’Ivoire enregistre 66% d’élèves qui ne disposent pas des compétences leur permettant de poursuivre sans difficultés leurs apprentissages. En fin de scolarité, sur l’échelle de lecture, 59,5% des élèves Ivoiriens ne manifestent pas les compétences suffisantes de lecture à l’évaluation PASEC 2019 et 42,1% des élèves connaissent de très grandes difficultés en mathématique pouvant les exposer au décrochage scolaire.

Le responsable national de l’équipe PASEC CI, M. IGEN Désiré Kauphy par ailleurs directeur de la veille et du suivi du programme à travers une vidéo sur la page Facebook du ministère de l’éducation nationale fait une mise au point en réponse aux médias et à l’opinion publique : « Le PASEC ne fait pas mention de classement. Ce n’est pas ça l’objet du rapport international. L’objectif que vise le rapport international, c’est de fournir des données probantes et comparables sur les acquis scolaires et l’environnement des apprentissages…Quand j’entre dans un rapport, la grande question c’est est-ce-que de 2014 à 2019 nous avons progressé ou régressé et on se rend compte qu’en début de scolarité, la Côte d’Ivoire a progressé aussi bien en lecture qu’en mathématique. En mathématique, nous sommes passé de 30% en 2014 à 70% en 2019 donc c’est un progrès substantiel qui est de 500/1000. La Côte d’Ivoire a obtenu 505…on ne peut pas dire que tout est sombre, catastrophique. »

Pointé du doigt sur la contre-performance de la Côte d’Ivoire, le ministère en charge de l’éducation nationale d’alors monte au créneau par l’entremise de son directeur de cabinet M. ASSOUMOU Kabran à travers aussi une vidéo sur la page Facebook du ministère. Pour lui pas question de remettre en cause sa tutelle. « Le ministère fait sa part. Là où nous péchons, c’est dans le suivi des élèves, l’accompagnement nécessaire des parents, ma foi laisse à désirer… le côté enfant devrait être un peu mieux regardé que ce que nous faisons parce qu’il faut absolument que les parents veillent à l’encadrement et au suivi de leurs enfants à la maison. » Le collaborateur de Mme Kandia Camara, ministre de l’éducation nationale relève ainsi le problème de la démission des parents d’élèves.

TEBILY Armand, enseignant de français. Un homme de taille moyenne un peu rondelet habillé d’un polo et d’une culotte ¨chasseur¨ assis dans une chaise longue devant sa porte a une autre idée. « Avant, l’éducation des enfants revenaient aux enseignants mais ces derniers n’avaient pas les mains liées et leur autorité n’était pas remise en cause. Aujourd’hui on ne peut plus administrer de corrections à un élève qui fait des bêtises parce que c’est interdit. L’enseignant n’a plus le pouvoir d’encadrer idéalement ses élèves. Il y a trop de paramètres désormais qui entrent en ligne de compte et la démission des parents dans le suivi scolaire des enfants est une réalité. Il faut que ces derniers en prennent conscience. »

Ce point de vue est aussi partagé par M. KOUAME Kouassi Gervais directeur de l’Ecole Primaire Publique (EPP Zatta 3). Ce grand syndicaliste est formel : « Cette impression d’échec tient de plusieurs facteurs. D’abord il n’y a plus de motivation de la part des enseignants parce que ce sont les élèves qui ont des droits mais pas de devoirs. Le rapport PASEC 2019 est révélateur du niveau des élèves sur le terrain. En une décennie, nous avons eu beaucoup de formations inachevées sur les réformes de notre système éducatif. Nous sommes partis du Programme Par Objectif (PPO), Formation Par Compétence (FPC), Programme d’Education Ciblée (PEC) en passant par le LIFE SKILLS pour aboutir finalement à l’Approche Par Compétence (APC). Toutes ont montré leurs limites parce qu’au final, les élèves ne savent ni lire ni écrire. Et puis le fait d’avoir supprimé la dictée dans le programme a supprimé aussi la possibilité à nous enseignants de saisir le niveau des enfants en vocabulaire, en grammaire, en conjugaison et même en écriture.» 

Par ailleurs, le bas niveau des élèves, la démission des parents, les mauvaises politiques de gestion de l’école ne sont pas les seuls facteurs qui tendent à entacher la qualité de notre système éducatif car le manque d’infrastructures et de matériels didactiques sont des problématiques qui transcendent le temps. Aussi faudrait-il développer des idées viables pour accroître lentement mais sûrement l'efficacité du système éducatif Ivoirien.

Sopy Judith AKA

 

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