Violences en milieu scolaire et estudiantin Berthe-Odile POHANN (psychopédagogue) : «Déséquilibré d´un système éducatif, on ne peut pas donner de l´équilibre »


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Par Propos recueillis pa
Mis à jour le 2021-06-25 21:24:52

Depuis trois décennies, on note beaucoup de dérèglements dans le système éducatif ivoirien. Il y a une escalade de violences dans les établissements scolaires et universitaires. Madame Berthe-Odile POHANN, psychopédagogue et inspectrice de l´enseignement préscolaire et primaire, donne les raisons dans cet entretien.


Comment la société ivoirienne en est-elle arrivée à un tel niveau de violence dans le système éducatif ?

Ce sujet est délicat. La violence ne date pas d’aujourd’hui, mais nous constatons surtout sa récurrence. Les acteurs sont de plus en plus jeunes et c’est le milieu dans le lequel on va pour acquérir le savoir qui est le lieu de ces violences. Il ne faut pas oublier qu’en 1990, le multipartisme a fait son retour dans ce pays. Comme à l’université, le temple des débats contradictoires, mais surtout de l’intelligentsia, les professeurs, se disent qu’ils sont en face des personnes qui ne sont pas mineurs, Ils ont donc été invités dans le débat en leur parlant de politique et autres. Et les élèves de manière subtile, vont peut-être avoir ce regard là et se dire que si les politiciens s’y prennent de cette façon, nous aussi, nous avons des revendications à faire. C’est parfois hermétique et quand la communication verbale ne passe pas ou il n’y a pas d’écoute, la communication non verbale dont la violence passe pour être la solution. Et l’école, qui est un temple du savoir n’est pas en reste. C’est pour cela qu’au-delà des revendications politiques, les étudiants s’étaient invités dans ce débat du multipartisme.

 Y-a-t-il un lien entre la violence en milieu scolaire et estudiantin et les crises sociopolitiques traversées par la Côte d’Ivoire ?

 L’école est une microsociété au sein de la société. Elle subit les évolutions et les révolutions de la société. La reproduction étant humaine, les jeunes nourris à la mamelle de la violence sociale et à qui on montre des modèles de violences ont cela en eux. Pour eux, les adultes cassent et brulent quand ils ne sont pas contents. Ainsi, la violence devient un mode d’expression. Les jeunes qui sont dans cette société épousent cette forme de communication. Si on veut être honnête, les adultes doivent se dire, c’est notre violence qui est en face de nous.

 Quels impacts psychologiques ont ces violences sur les victimes ?

  L’impact physique est visible et généralement, c’est ce qu’on regarde. Il y a de la violence avec ou sans blessés, avec ou sans morts. Il y a des violences visibles et des violences sournoises. L’une des conséquences est la phobie scolaire. Cette peur de partir à l’école parce que ce n’est plus le temple de la quiétude, du savoir. Les enfants ne croient plus que l’école est une voie de réussite. Il y a une déstructuration de la conception, de la perception, de la représentation de l’école comme élément de réussite dans la vie. La violence à l’école perturbe l’enseignant, l’autorité est bafouée. Elle arrive à l’école en ayant peur d’être agressée. L’enseignant ne sera plus vrai dans ses remarques ayant peur du comportement des élèves, il n’a plus ce rôle d’éducateur. Il y a des enfants qui se disent qu’ils ne sont pas nés pour réussir. Quand ça commence au public, ils vont déloger ceux du privé. Les violences entrainent le rejet de l’école, le décrochage scolaire et surtout l’échec d’une vie.

Quelle prise en charge pour les victimes au niveau du système éducatif ?

 Le ministre de l’Education nationale a une cellule qu’on appelle DEMOS, qui a formé des enseignants de CAFOP aux punitions physiques et humiliantes, mais surtout à la prise en charge psychosociale. Ils sont formés pour pouvoir écouter l’enfant, faire l’entretien et l’envoyer vers un autre centre quand c’est nécessaire. Et beaucoup d’écoles ont mis en place des cellules d’écoute et d’autres solutions en place pour aider les enfants victimes, pour protéger ces enfants contre la violence.

 

Propos recueillis par

Gladys ABOU

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