Lambert Amon Tanoh, « étudiant du berceau à la tombe »


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Par Rufin ABOUA et S&eac
Mis à jour le 2021-06-25 21:22:45

Calvitie entamée, mais visage gai et rayonnant. Teint noir et brillant. À 95 ans, Lambert Amon Tanoh, est légèrement cambré, signe de l´âge, mais il a la pêche d'un Jouvenceau. Rare survivant de sa génération, le nonagénaire tient son secret de jouvence de la nature. « Je suis naturopathe et végétarien. Je mange bio, je ne bois ni alcool, je ne fume pas ». L'ancien ministre de l'Éducation nationale n'est pas un vieillard esseulé et inactif dans sa retraite.




    Il passe le clair de son temps à lire et à écrire ses mémoires. « On étudie du berceau à la tombe », déclare-t-il tout de suite pendant qu’un sourire qui irradie son visage. Cette bibliothèque humaine embarque son auditoire pour un voyage dans les arcanes de l'époque coloniale, de la lutte syndicale, de ses rapports avec Houphouët Boigny, premier président de la Côte d’Ivoire indépendante. Il raconte de l'histoire de l'école ivoirienne dont il fut l’un des principaux artisans.

   Orphelin de mère, c'est à 6 ans qu'il entre à l'école. À cet âge, les enfants son époque n'y avaient pas droit, parce qu’ils étaient soumis au préalable au comptage des dents. Il fallait nécessairement en avoir un certain nombre avant d’aller à l’école. Mais son statut d'orphelin et les supplications incessantes de sa tante auprès de son instituteur ont milité en sa faveur. Lambert Amon Tanoh entre à l’école coloniale et fit un parcours scolaire sans anicroche. Major de sa promotion dans tout l'espace AOF (Afrique occidentale, française) ; École normale pour suivre les cours de psychologie de l'enseignement et de botanique. Ambitionnant d’être agent de l'agriculture, il devient par la force des choses enseignant. « Les voix du destin sont insondables. Si j'étais devenu agent d'agriculture, je n'aurais pas tout ce que j'ai pu réaliser. Les voix du destin sont insondables », raconte Lambert Amon Tanoh, les yeux pétillants.

La lutte syndicale le mène au gouvernement.

Le plus jeune de sa génération à 24 ans, il est propulsé sur la scène politique en tant que  secrétaire général du Syndicat des Enseignants du Primaire. Fougueux téméraire et intrépide, il fédère les autres syndicats de médecins, pharmaciens, infirmiers, etc., pour créer l'UGTCI (Union générale des Travailleurs de Côte d’ivoire). Il en est le président honoraire ad vitam æternam. « Quand on cherche, et qu'on ne trouve pas, on m'essaie et ça réussit ! », dit-il avec humour.

    En 1963, il est nommé ministre de l'Education nationale mais aussi en charge de la Culture et de l'Enseignement supérieur. Il remplace à ces postes Ernest Boka et Joachim Boni. Des innovations majeures et la création d'infrastructures des fois controversées voient le jour sous son impulsion : Enseignement télévisuel, instauration des uniformes scolaires, création des CAFOP, de l'Institut national des Arts (actuel INSAAC), de la Bibliothèque nationale, du Centre culturel Jacques Aka de Bouaké, etc.

   Son travail acharné et son esprit d’innovation lui ont valu le surnom de « père de l'école ivoirienne ». La ministre de l'Éducation nationale Kandia Camara et l'UGTCI lui ont rendu un vibrant hommage pour tous les services rendus à la nation. Père de 8 enfants dont l’ancien ministre des Affaires étrangères Marcel Amon Tanoh, ce passionné de spiritualité qui a  contracté un second mariage datant d’une quarantaine d’années déclare, en riant aux éclats : « Ma vie est un roman !». Qui n’est pas encore écrit.

ABOUA Rufin

Séphora TAHI

 

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