Les langues étrangères à l´école: On se forme pour la culture et les affaires


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Par Aboua Ahiwa Rufin
Mis à jour le 2021-06-26 10:19:46

La chaleur est suffocante dans cette classe de 6ème au Lycée municipal de Bonoua. A plus de 90 personnes,les élèves sont assis à trois par banc. Des éclats de rire fusent de partout. Ils se donnent des tapes amicales. Le vacarme règne au moment où le professeur d´anglais fait son entrée.


Dans un silence subitement retrouvé, les apprenants se lèvent et prononcent en chœur : Good morning mister » (bonjour monsieur) ! « Good morning class, sit down please » (bonjour, asseyez-vous s’il vous plait.), répond le professeur.

Le cours vient ainsi de commencer. L’Enseignant sort de son sac en bandoulière les feuilles de copies marquées de gribouillages en rouge. The english teacher (le professeur d’anglais), M. Dja ou Mr. Dja comme on l’appelle ici, n’est pas content de la prestation de ses poulains au devoir précédent. Il le fait savoir d’un ton grave : « Le devoir n’est pas bon dans l’ensemble ! ».

Mais il n’y a pas que la langue anglaise qui cause des soucis. « L’enseignement des langues à l’école est indispensable. Ce sont des outils de communication qui permettent d’ouvrir des portes. Seulement les élèvent n’en sont pas conscients. Un peuple qui ferme la porte aux langues est en train de se renfermer sur lui-même », fait remarquer « Señor » Okhou, professeur d’espagnol en classe de Terminale A.

Ici, les élèves sont moins nombreux. Cela se justifie par le choix optionnel des langues vivantes 2. L’anglais est la langue vivante imposée en Côte d’Ivoire. Mais, dès la classe de 4ème, l’élève doit choisir entre le l’allemand et l’espagnol. « Her » Ouattara, est devenu professeur d’allemand après avoir a été séduit par la prestation de l’équipe de football de l’Allemagne en Coupe du monde de football 2006. Il a appris la langue allemande et en a fait son métier.

Aujourd’hui, a lieu la correction de l’épreuve de l’examen blanc. Le texte étudié est « la formation et l’utilité d’apprentissage des langues étrangères comme opportunité d’insertion ou de reconversion professionnelle ». Heureuse coïncidence ! Le sujet de l’examen blanc est l’angle de notre reportage. Au second cycle, les élèves sont plus attentionnées qu’au premier. Normal, l’allemand est au programme du baccalauréat et certains élèves nourrissent aussi des ambitions personnelles : « Après mes études j’aspire aller vivre en Belgique. On y parle le Flaman mais aussi l’allemand. Une fois sur place, j’apprendrai aussi le Flaman », confie Attouo M. élève en classe de Terminal A2. L’utilité de l’enseignement de ces langues étrangères à l’école n’est pas perçue de la même façon par tout le monde. « J’ai dû faire l’espagnol en classe de 4ème. Mais vu mes capacités dans les matières scientifiques, j’ai été orienté en seconde C. Je suis obligé de faire l’anglais parce que cela est imposé au programme et c’est la langue la plus parlée au monde. Mais l’Espagnol ne me sert à rien et je ne vois pas l’intérêt de l’apprendre », soutient N’Tayé A. N.

 A l’Université Musulmane de l’Afrique de l’Ouest à Abidjan (UMA), nous sommes dans un autre univers. En plus des langues étrangères ordinaires comme l’anglais, le français et l’espagnol, cette école confessionnelle a une spécificité : l’enseignement de l’arabe. Langue de prédilection de l’Islam, l’arabe y est perçu comme une langue des affaires et du savoir. « Étant musulman, j’ai été motivé par cette université et l’apprentissage de la langue arabe, la langue de notre religion », déclare Sanogo S. Étudiant à l’UMA. « L’arabe offre de nombreuses possibilités d’investissements et d’échanges commerciaux », renchérie Dr. Konaté Arna, Vice-recteur de l’UMA, ajoutant que de nombreuses universités au monde ont, de nos jours, la langue arabe comme langue d’enseignementC’est le cas de La Sorbonne Nouvelle, Université des cultures, qui offre une formation fondée sur l’étude de la langue, de la littérature, de l’histoire, des sciences sociales et de la civilisation des pays et de la langue arabe.

La langue permet l’insertion professionnelle des apprenants. L’utilité de l’apprendre à l’école est indéniable, c’est aussi est un moyen de rapprochement et d’intégration entre les peuples.

 

Aboua Ahiwa Rufin

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                                                             L'arabe, 1ère langue étrangère à l’école ? 

 Bon nombre de manuels scolaires et de livres d'histoire affirment que le français est la première langue étrangère parlée et enseignée à l'école en Côte d'Ivoire. Cet avis est remis en cause par Dr. Cissé Abdoulaye, enseignant chercheur à l’Université musulmane de l’Afrique de l’Ouest (UMA). Selon lui, l'arabe est la première langue utilisée dans l'enseignement en Côte d'Ivoire. Pour lui, avant le congrès de Berlin tenu en 1878 et qui a vu la balkanisation de l'Afrique, l’arabe était la langue du négoce et des communications entre les peuples autochtones et les commerçants venus de l’Asie.

La langue arabe, soutient-il, servait aussi comme langue dans l'enseignement confessionnel musulman (école coranique) avant que la Côte d'Ivoire ne devienne colonie française en 1893. Elle serait donc présente dans notre pays plus de 500 ans avant l’introduction du français et de l’anglais et « des manuscrits témoignant des faits existent jusqu’à ce jour », affirme Dr. Cissé qui précise que la première école d’enseignement de la langue arabe se trouve actuellement à Tengrela, à l’extrême Nord de la Côte d’Ivoire.

 

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