Abobo, Deux Plateaux, Adjamé : Dans l´univers des mendiants qui veulent quitter la rue !


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Par Fanny KARIDJA , Ais
Mis à jour le 2024-01-21 21:13:18

Un mendiant infirme tendant la main. Des mendiantes alignées sur letrottoir. Abobo, commune située au Nord d´Abidjan. Il n´est que 8h ce mercredi 22 mars 2023, mais l´atmosphère est déjà agitée...


Le vacarme causé par les piétons et les bruits des divers véhicules emplissent l’endroit. Sous un soleil assez doux, Rokia, mère de jumeaux, est assise à même le sol, sur un pagne. Frôlant la trentaine, Rokia passe, depuis bon nombre d’années déjà, toutes ses journées à mendier.
 
Vêtue d’une robe blanche avec un chapeau jaune, couverte d’un foulard violet et blanc, elle a les yeux rivés sur les usagers, ses deux  assiettes près d’elle pour recueillir le fruit d’éventuelle générosité.  Elle est mendiante. « Je vais faire comment ? », interroge-t-elle.
 
C’est par manque crucial de moyens financiers que Rokia a succombé à cette pratique, des années plus tôt. Et elle continue d’attendre, avec espoir, une aide : « Je n’ai personne pour me soutenir financièrement. Avec ces jumeaux, c’est difficile et aucune ONG ne m’approche. Bien vrai que nous sommes en danger sur la voie, mais je n’ai pas le choix. Si une ONG venait à m’aider, ça serait un plaisir pour moi de quitter ici » détaille-t-elle, la voix teintée de tristesse et les yeux larmoyants.
 
Plus loin, dans les alentours d’une petite mosquée du secteur, une dizaine de mendiants est assis aussi à même le sol, des bols contenant des pièces devant certains, mais vides devant d’autres.
 
Parmi eux, se trouve Maria Konaté, 73 ans, défraichie et handicapée, qui espère une aide de l’Etat pour sortir de la mendicité. Comme Maria patiente pour qu’un jour, ses soucis trouvent solution.
 
Elle a été contrariée par notre présence : « Quand je vous ai vu venir, je pensais que c’était une ONG qui venait à mon secours. Malgré ma vieillesse je fais l’effort de tenir débout. Si l’Etat pouvait faire quelque chose pour nous (…) ». La voix lasse et la mine triste, Maria lance un cri de détresse à l’endroit de ceux qui peuvent lui venir en aide.
Cache-cache entre mendiants et policier
 
Au rond-point dénommé “Carrefour mendiants“ dans le quartier des Deux Plateaux, la rue est assez mouvementée, la chaleur due au soleil ardent rend l’atmosphère tendue. Ici, dans la crainte de se faire prendre par des policiers, les mendiants se cachent derrière des arbres. Malgré cela, le sous-officier Ibrahim Koné et ses collègues les ont repérés.
 
Ils font une opération de déguerpissement afin d’éviter qu’ils soient victimes d’accident routier.  « Quand nous les voyons en bordure de route, nous les chassons. Leur présence est dangereuse pour la voie publique, ils peuvent être victimes d’accident ». L’agent de police, 1, 80 m de taille et filiforme, tient ces propos le visage impassible et vide d’émotion.
 
Le vendredi est un jour d’exception. « Nous les laissons s’asseoir parce que certains mendiants reçoivent des dons. Mais, après la prière, nous les chassons » explique l’agent avant de poursuivre : « Notre rôle, c’est de mettre l’ordre dans cette commune. Et chasser les mendiants est l’une de nos missions. Nous savons qu’ils sont souvent assis là par faute de moyens, mais mendier, ce n’est pas une solution et c’est même dangereux pour eux. Alors, nous les dirigeons vers les mosquées ou nous les recensons pour que la mairie les réinsère dans des centres, mais ils reviennent. Et cela crée une mauvaise image de la commune ».

Autre commune, autre méthode pour faire fuir les demandeurs d’aumône : ici, des coups de fouets sont infligés par la police municipale. Les mendiants apeurés se tournent vers les mosquées qui deviennent alors un refuge pour eux. Issouf, un septuagénaire essoufflé propose : « Au lieu de nous chasser en nous frappant, la solution serait de trouver un endroit où nous pourrions obtenir des jetons pour nos besoins ».
 
Les agents de police ne l’entendent pas de cette oreille. « Pour résoudre ce problème, lorsque les mendiants reviennent, on retire leurs bols de collecte de fonds », explique N’Dri Kouadio, l’un des agents sur le terrain. Si les expulser en douceur ne fait pas l’affaire, la force pourrait y remédier.  

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