Cheick X (chauffeur, ex-migrant) : « Les bateaux de la traversée étaient construits sous nos yeux ! »


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Par Kouassi Sarah et Ko
Mis à jour le 2021-06-29 12:04:39

Malgré les dangers signalés par des témoignages glaçants, de nombreux jeunes Ivoiriens continuent d'aller à l'aventure de la traversée de la mer, à leurs risques et périls. Sous anonymat, Cheick X s´est confié aux journalistes du « Communicateur » de l´ISTC-polytechnique pour donner son témoignage d´ancien candidat à ce suicide.


Comment êtes-vous arrivé en Libye ?

Cheick X : Un passeur était une connaissance d'un de mes proches. Il m'a mis en contact avec une personne vivant en Libye qu'on appelle le « caporacien ». Parce qu’il m'a demandé si je voulais passer par le Maroc ou par la Libye et dans quel pays je voulais me rendre. J'ai opté pour la Libye, car s'était moins coûteux en ce moment pour tomber en Italie et rejoindre la France.

Comment vous êtes-vous préparé à ce trajet, financièrement matériellement et psychologiquement ?

Psychologiquement, j'étais déterminé. Rien ne pouvait me décourager surtout que je suis partie sans l'accord de mes parents. Je voulais absolument leur prouver qu'ils avaient tort et que moi je pouvais aussi réussir en Europe. Je suis parti avec deux vêtements dans un petit sac et la somme de 300.000 FCFA.

Etiez-vous seul pour ce voyage ?

Non, nous étions nombreux. Nous nous sommes retrouvés à la gare d’Adjamé aux environs de 23 heures et nous avons pris la route à 1 heure du matin. Nous étions dans un convoi, chaque ville avait ses convois. D’Adjame nous sommes allés directement au Niger. Ça nous a couté 150.000 FCFA. Du Niger, on nous a mis dans des voitures types 4X4 pour la traversée du désert jusqu’en Libye. Là, le «Caporacien » nous a pris 250.00 FCFA  par personne et c’est après cela qu’on a été mis dans les bateaux.

Comment ce fait l’embarquement ?

D’abord, l’arrivée se fait par convois. Les autres convois sont arrivés une semaine après le nôtre. Dans l’attente, nous étions livrés à nous-mêmes. Nous étions nourris aux pains et aux gâteaux. Les bateaux étaient construits devant nous et on nous utilisait comme main d’œuvre. Ils nous apprenaient à conduire les bateaux et à utiliser la boussole. Puis, une fois dans le bateau, on nous a interdit d’avoir des bijoux en argent blanc et des « gris-gris » de peur de réveiller les esprits de la mer. Ils nous ont aussi dit qu’une fois sur la mer, nous ne pourrons plus faire demi-tour.

Comment se fait traversée dans ces conditions ?

A mon niveau le bateau a coulé, l’armée Libyenne nous a repêchés et nous a mis en prison. J’ai appelé mes amis en Côte d’Ivoire pour m’aider. Ils m’ont envoyé 200 000 FCFA que j’ai remis à l’armée Libyenne en échange de ma libération. Ensuite, grâce au « Caporacien » de la Libye j’ai pu arriver à la frontière du Niger où j’ai travaillé pendant 5 jours dans le kiosque d’une gare en échange de nourriture. Et c’est le patron de ce kiosque, un Nigérien qui m’a permis de rentrer en contact avec mes amis qui m’ont aidé à payer mon ticket du car pour rentrer en Côte d’Ivoire.

Kouassi Sarah

et Konan Rosita

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